[ indonÚsie ] .
Funerailles en pays Toraja - 22/04/2006@12h50 - Rantepao

Le moment des funerailles en pays Toraja est un evenement assez exceptionnel, un de ces rares a avoir conserve tout son folklore et ses traditions au travers des siecles. S'y rendre n'est pas forcement complique et la famille du defunt est souvent meme plutot honoree de voir debarquer des touristes, preuve de l'importance de la personne disparue. Par contre, il faut absolument un guide, car ce sont les seules personnes a connaitre le lieu des ceremonies et a pouvoir vous y introduire de facon decente.
A Rantepao, nous rencontrons Joseph, un guide assez connu dans le coin qui nous propose de nous accompagner aux funerailles d'un parent assez eloigne. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin avec consignes minimales : une tenue decente (surtout pour les filles), des fringues pas trop colorees et un cadeau pour la famille du defunt (cartouche de cigarettes, sucre, noix de betel...).
Apres 30 minutes de bus et 1/4 d'heure de marche a travers des rizieres verdoyantes, nous arrivons au sommet d'une colline ou a ete dresse le lieu des funerailles. Une vingtaine de box faits de bambou et numerotes sont dresses specialement pour l'occasion, tout autour de la maison qui abrite le corps du defunt. Il s'agit en fait de sortes de tribunes destinees aux invites pour qu'ils s'y installent tout au long de la ceremonie. Les tribunes numerotees de 2 a 4 sont celles des proches de la famille et des invites des castes superieures, nous sommes donc assez surpris d'y etre conduits avec Joseph des notre arrivee (en fait, on se rendra compte au fil de la journee que notre guide a l'air plus proche de la famille qu'on ne pensait et surtout tres respecte par l'ensemble des invites).
Salutations avec la famille du defunt; the, cafe, petits gateaux au sucre de canne et bananes sechees ainsi que cigarettes et betel nous sont offerts par la famille en remerciement de s'etre deplace. Il en est de meme avec les 300 autres invites, arrivant de tous les villages environnants, parfois ne connaissant meme pas le defunt mais ayant fait le voyage en apportant un petit quelque chose, cigarettes ou bidons de vins de palme, cochon vivant pour les plus proches.
En fait, l'activite principale de la journee se partage entre les processions des gens venus, quelques phrases prononcees au haut-parleur et, le plus spectaculaire, le sacrifice des buffles et des cochons. Dans la croyance Toraja, il est admis que le defunt a besoin d'animaux pour l'accompagner dans l'autre monde. Le chemin etant long et difficile, il faut des betes costauds et tenaces. Il s'agit aussi d'un moyen de montrer l'appartenance et le rang social du defunt. En resume, plus il y a de sacrifices, plus le defunt est en general important et meilleures seront ses chances d'arriver dans l'autre monde. On trouve ainsi des funerailles de grande importance (et donc tres couteuses pour la famille) avec une vintaine de buffalos sacrifies, de moyenne importance avec trois a cinq buffalos sacrifies, et de faible importance ou l'on ne sacrifie qu'une ou deux betes. En ce qui nous concerne, avec cinq buffalos et plus d'une vingtaine de cochons sacrifies, les funerailles se situaient dans les criteres locaux de moyenne importance. Ceci dit, on a quand meme trouve le spectacle, disons... suffisant.
Imaginez un peu les trois derniers buffalos fraichement egorges gisant a meme le sol que les hommes autour s'affairent a depecer puis a decouper sous vos yeux, les cochons ficeles sur des bambous et braillant avant de subir le meme sort, c'est pas franchement ragoutant ! Une fois decoupee, une partie de la viande est etalee sur des feuilles de bananiers et de palmiers devant la maison du defunt, en geste d'offrande. Les hommes passent une bonne partie de l'apres-midi a les lier pour en faire de petits ballots qui seront distribues a la fin de la journee. Le reste est utilise pour le repas du midi servi aux invites. C'est ainsi qu'on a pu gouter au vin de palme servi dans de longs tubes de bambous, aux pa'piongs cuits dans des bambous egalement et a la panse de porc mijotee en ragout...
La journee s'est terminee par la distribution des morceaux de viande aux invites, chacun repartant avec un ballot plus ou moins gros et de plus ou moins bonne qualite selon son rang social et sa proximite avec la famille. Assez surprenante la vision de cet homme charge de distribuer les morceaux en braillant a travers son megaphone le nom du destinataire et en jetant le morceau de bidoche a terre. En tout cas, notre guide est reparti avec un sacre sac, ce qui n'a fait que confirmer nos soupcons que le sieur etait bien plus important que cela ne paraissait. Il nous a avoue sur le retour que sa famille possedait une maison traditionnelle, les fameux Tongkanan et que lui meme appartenait a un parti politique et etait sur le point de se presenter aux prochaines elections... Pas n'importe qui donc, le Joseph !


[ PostÚ par : Sandrine | 1 commentaire ]