[ bolivie ] .
Descente a la mine a Potosi - 03/07/2006@23h51 - Potosi

Lorsque l'on vient de l'Argentine, Potosi est un pasage oblige pour la route du nord. Enfin la piste du nord puisqu'il n'y a quasiment pas de routes en Bolivie.
On ne s'arrete pas ici pour la beaute de la ville ou pour son climat. Potosi est une ville miniere depuis le 16eme siecle perchee a 4000 metres d'altitude. A l'epoque et pendant plus de deux siecles, on y a extrait de l'argent. Les filons etaient si riches que Potosi est rapidement devenue la plus grande ville d'Amerique du Sud. Puis debut 19eme les sources d'argent se sont taries et la ville a sombre dans la pauvrete. Au milieu du 20eme siecle, l'etat a nationalise et modernise les mines pour en extraire divers metaux. Mais en 1984, l'extraction n'etant plus rentable, les mines ont ete donnees a des cooperatives de mineurs. Et c'est ce Potosi la que l'on visite aujourd'hui.
La montagne est un morceau de gruyere qui a perdu plusieurs centaines de metres au fil du temps. Les galeries vieilles de plusieurs siecles sont toujours empruntees pour aller plus loin en creuser de nouvelles. Les traces de la nationalisation sont encore visibles par les rails de chemin de fer dans les galeries. Mais ces epoques sont terminees. Les cooperatives actuelles n'ont pas assez d'argent pour moderniser l'extraction. Les mineurs n'utilisent meme plus les wagons. Tout est fait a la main. On est avant Germinal. L'extraction est moyennageuse.
Tout cela se visite, les touristes amenant un peu d'argent et de facilite.

Notre guide s'appelle Mylene et parle francais. Jolie et bien maquillee, on a du mal a croire qu'elle va nous emmener dans une mine. Combinaisons, casques avec lampe, bottes, nous nous deguisons en mineurs. Un minivan nous arrete au marche des mineurs. Parce que evidemment il y a un deal: si on veut visiter les mines, il faut amener une petite contribution. Feuilles de coca (indispensable !), biscuits, alcool a 96 degres (on a goute), batons de dynamite, detonateurs, on a le choix. On opte pour deux enormes sachet de feuilles de coca et de biscuits. Les premiers sont utilises par les adultes comme coupe faim, mais aussi comme filtre a poussiere en respirant a travers la boule qu'ils ont continuellement en bouche au fond. Les biscuit sont destines aux plus jeunes qui ne machent pas encore la coca. L'age minimum pour descendre est de 12 ans.

On ne fait pas trop les malins en entrant dans la premiere galerie, surtout moi qui suit claustrophobe. Partout des boyaux s'entrecroisent dans la roche suivant les veines de minerai. On rencontre deux jeunes au travail. Avec une barre a mine et un marteau, il ne font qu'un unique trou pendant plus de deux heures. A midi ils le chargent de dynamique et le font exploser. Ensuite ils trient le minerai et ressortent le tout a la brouette. Ils ne sont pas maitres de leurs chantier mais employes par un chef ayant les droits sur ce filon. Il n'y a aucun systeme de ventilation et les multiples explosions laissent quantite de produits toxiques en suspension. Nos deux gamins sont contents de nous voir. On discute foot, mondial oblige. Et on les fournit en biscuit pour la journee.
Vu l'etat des galeries nous sommes contents de savoir que les explosions ont lieu a midi. Il y a beaucoup d'accidents. Et vers 11h une serie de deflagrations fait trembler notre galerie. Bon c'est en general vers 12H... Deux galeries a cote de nous, l'air est charge en poussiere et en souffre. On ne fait toujours pas les malins. Les mineurs que nous croisons, couverts de poussiere et la coca en bouche ne font pas attention a nous. Et s'ils nous interpellent c'est pour nous demander coca ou biscuits. Difficile de refuser.
Le pire c'est que nous sommes dans les galeries "a touriste". L'air est respirable et la temperature y est normale. La plupart des 5000 mineurs travaillent bien plus profond, sous 45 degres avec de l'eau et sans ventilation.

On ressort au bout d'une heure trente avec l'impression d'avoir visite une mine du 19eme siecle. On a envie de se revolter sur ces conditions de travail. Et pourtant si une entreprise prive prenait en main l'extraction, ce serait la fin du travail pour ces milliers de mineurs.


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Tonton Serge - 19/07/2006 ŕ 21h57 - (108)

et les mines de Pompeî ?